7 novembre 1919 : Lénine et Trotsky côte à côte pour la célébration du deuxième anniversaire de la révolution d'Octobre sur la Place Rouge. Source: https://www.reddit.com/r/Communism_2/duplicates/dt05nn/102_years_ago_today_the_russian_proletariat/

7 novembre 1919 : Lénine et Trotsky côte à côte pour la célébration du deuxième anniversaire de la révolution d'Octobre sur la Place Rouge. Source: https://www.reddit.com/r/Communism_2/duplicates/dt05nn/102_years_ago_today_the_russian_proletariat/

A Sviajsk, Trotsky parvint à donner une colonne vertébrale d’acier à l’Armée qui venait de naître. Il s’ancra au sol et refusa de céder le moindre pouce de terrain quoi qu’il advînt. Il fut capable de montrer à cette poignée de défenseurs un sang-froid plus glacé que le leur. [...] Avec Trotsky on tomberait au combat après avoir brûlé sa dernière cartouche, on mourrait avec enthousiasme, oubliant ses blessures. Trotsky incarnait le pathos sacré du combat, les mots et les gestes évocateurs des plus belles pages de la Révolution française.

Larissa Reissner, Sviajsk

Actualisé le 25 août à 14: 40

Par Michel AYMERICH

Première partie

La commémoration de l'assassinat de Léon Trotsky (né Lev Davidovitch Bronstein) sert trop souvent de prétexte pour saper la cause révolutionnaire à laquelle il avait consacré sa vie.

Rappelons-le, cette cause est celle de la révolution socialiste mondiale qui a débuté en Russie en octobre 1917 en réaction à la boucherie de la première guerre mondiale ( première guerre interimpérialiste) de 1914-18.

La réaction anticommuniste exploite son assassinat afin d'alimenter la réécriture antisoviétique de l'histoire et nuire à la mémoire de la contribution soviétique, essentielle à la victoire sur le nazisme.

 Encerclement de la capitale du Reich par les troupes de l'Armée rouge
1) Encerclement de la capitale du Reich par les troupes de l'Armée rouge 2) Le Maréchal de l’Union soviétique Gueorgui Joukov 3) Les soviétiques hissent le drapeau soviétique (dit "judéo-bolchévique" par la réaction, dont les nazis) au sommet du Reichstag!

Il est temps pour les communistes de se réapproprier dialectiquement la mémoire révolutionnaire. Dialectiquement, c'est-à-dire en assumant les contradictions -parfois sanglantes- du processus de la révolution socialiste mondiale qui est à l'opposé d'un long fleuve tranquille déroulant majestueusement son lit en laissant derrière lui la totalité des scories du passé.

Il s'agit maintenant, sur la base du marxisme révolutionnaire, d'opérer une synthèse dialectique (dépassant «stalinisme» comme «trotskysme») qui permette d'assumer les héros -devenus parfois «antagonistes»- qui assurèrent successivement la victoire contre les envahisseurs de la Russie soviétique de 1917/18 à 1922, puis de l'Union soviétique (créée en décembre 1922) de juin 1941 à mai 1945.

Ravivons la mémoire de faits essentiels.

La révolution socialiste d'octobre 1917 en Russie fut considérée à juste titre par les bolchéviks, Lénine et Trotsky, comme Zinoviev, Kamenev, Boukharine, Staline, Radek et tant d'autres comme étant le premier acte de la révolution mondiale. Elle devait impulser - et elle l'a fait- la révolution socialiste en Allemagne, pays alors le plus industrialisé avec une classe ouvrière puissante et dont la situation géographique faciliterait l'éclatement de la révolution socialiste dans toute l'Europe et bien au-delà.

Berlin, 9 Novembre 1918
Berlin, 9 Novembre 1918

La révolution éclate effectivement en Allemagne. Le Kaiser Guillaume II abdique le 9 novembre 1918. Ce même 9 novembre 1918 à 16 heures, Karl Liebknecht, marxiste révolutionnaire et dirigeant de la Ligue spartakiste, proclame la «République socialiste libre d'Allemagne». Deux heures plus tôt, le social-démocrate Philipp Scheidemann a proclamé la République allemande, laquelle entrera dans l'histoire comme la République de Weimar. Adolphe Hitler, qui sera nommé le 30 janvier 1933 chancelier (poste équivalent à premier ministre) par le maréchal Paul von Hindenburg, président de la République, y mettra fin en érigeant la dictature fasciste (qui consacre le passage de la forme parlementaire de la dictature bourgeoise à la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie)...

Le 1er janvier 1919, la Ligue spartakiste fonde le KPD (Parti communiste d'Allemagne).

Gustav Noske, un des principaux dirigeants du SPD (Parti social-démocrate d'Allemagne) s'appuie sur les corps francs [1], lesquels assassinent le 15 janvier 1919 les communistes spartakistes Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg [2].

Noske déclare alors : « Il faut que quelqu'un fasse le chien sanguinaire : je n'ai pas peur des responsabilités ».

Le peuple méconnaît fondamentalement -désinformation de masse oblige!- la responsabilité spécifique de la social-démocratie et apparentée dans la contre-révolution mondiale, depuis la révolution russe jusqu'à nos jours, en Allemagne de 1918 à 1933 (et de nouveau après 1945!), en Russie pendant la guerre civile et un long etc.

Des révolutions socialistes donnant naissance à des républiques des conseils (républiques soviétiques) éclatent en Europe: République des conseils d’Alsace-Lorraine (10 novembre 1918 – 22 novembre 1918) ; République des conseils de Hongrie (21 mars – 6 août 1919) ; République des conseils de Bavière  (7 avril – 3 mai 1919); République slovaque des conseils (16 juin – 7 juillet 1919).

1) Carte de l'Alsace-Lorraine 2) En rouge, République des conseils de Hongrie et République slovaque des conseils en rose 3) République des conseils de Bavière 1) Carte de l'Alsace-Lorraine 2) En rouge, République des conseils de Hongrie et République slovaque des conseils en rose 3) République des conseils de Bavière
1) Carte de l'Alsace-Lorraine 2) En rouge, République des conseils de Hongrie et République slovaque des conseils en rose 3) République des conseils de Bavière

1) Carte de l'Alsace-Lorraine 2) En rouge, République des conseils de Hongrie et République slovaque des conseils en rose 3) République des conseils de Bavière

Toutes sont écrasées par la contre-révolution bourgeoise en Europe (avec l'aide majeure de la social-démocratie!), excepté en Russie soviétique et dans les républiques qui, ensemble, fonderont l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

Un peu plus tard hors d'Europe, illustrant bien le caractère mondial de la révolution socialiste qui avait débuté en Russie, une République soviétique chinoise (7 novembre 1931 – 22 septembre 1937) est fondée. Celle-ci, est également en proie à la contre-révolution dirigée par Tchang Kaï-chek. Les communistes chinois entreprendront, alors, la célèbre Longue marche afin d'échapper à l'anéantissement et de pouvoir contre-attaquer jusqu'à la victoire.

En octobre 1949, la Révolution socialiste victorieuse donnera naissance à la République populaire de Chine, événement dont la portée positive pour l'humanité (évidemment pas pour le capitalisme-impérialisme et ses valets complaisants) ne cesse d’imprimer sa marque sur l'évolution du monde au XXIème siècle ...

Photo : création le 7 novembre 1931 du soviet chinois par Mao Zedong, Zhu De, etc. ; drapeau de la République soviétique chinoise ; emblème de la République soviétique chinoise ; billet d'un yuan, avec l'image de Lénine au centre. 
Photo : création le 7 novembre 1931 du soviet chinois par Mao Zedong, Zhu De, etc. ; drapeau de la République soviétique chinoise ; emblème de la République soviétique chinoise ; billet d'un yuan, avec l'image de Lénine au centre. Photo : création le 7 novembre 1931 du soviet chinois par Mao Zedong, Zhu De, etc. ; drapeau de la République soviétique chinoise ; emblème de la République soviétique chinoise ; billet d'un yuan, avec l'image de Lénine au centre. Photo : création le 7 novembre 1931 du soviet chinois par Mao Zedong, Zhu De, etc. ; drapeau de la République soviétique chinoise ; emblème de la République soviétique chinoise ; billet d'un yuan, avec l'image de Lénine au centre. 

Photo : création le 7 novembre 1931 du soviet chinois par Mao Zedong, Zhu De, etc. ; drapeau de la République soviétique chinoise ; emblème de la République soviétique chinoise ; billet d'un yuan, avec l'image de Lénine au centre. 

Trotsky, après avoir grandement contribué à la révolution d'octobre, selon les propres mots de Staline [3], joue un rôle positif indéniable également pendant la guerre civile russe (1917-1922) doublée de l'invasion du territoire par des troupes issues de 14 pays capitalistes (Royaume uni, USA, France, Japon, Allemagne, Pologne, Italie, Grèce, Yougoslavie, Roumanie, Tchécoslovaquie, Turquie, Canada, Chine) objectivement liguées, bien qu'heureusement désunies, contre la révolution socialiste russe, contre les communistes et contre la jeune République soviétique de Russie.

La toute jeune République soviétique de Russie, encerclée par les troupes contre-révolutionnaires, est réduite à une peau de chagrin!

L'intervention de ces 14 pays sera à de nombreux égards la répétition générale qui précèdera la seconde invasion anticommuniste du 22 juin 1941 [4] par «152 divisions » de l'Allemagne fasciste « appuyées par 14 divisions finlandaises au nord et 14 divisions roumaines au sud. Par la suite, les envahisseurs et leurs armées de 3,5 millions d'hommes recevront le renfort des armées venues de Hongrie et d'Italie, de la « division azul » espagnole, de contingents croates et slovaques, et d'unités de volontaires recrutés dans chacun des pays occupés. [5]»

Trotsky, chef de l'Armée rouge dont il fut le principal fondateur...
Trotsky, chef de l'Armée rouge dont il fut le principal fondateur... Trotsky, chef de l'Armée rouge dont il fut le principal fondateur...

Trotsky, chef de l'Armée rouge dont il fut le principal fondateur...

Larissa Reissner, première femme commissaire politique dans l’Armée rouge, écrivit en 1922 un témoignage sur l'importante bataille de Sviajsk. 

Elle décrit ainsi le rôle de Trotsky :

« Sans l’extraordinaire courage de Trotsky, du commandant de l’armée et des membres du Conseil révolutionnaire de la Guerre, la réputation des communistes travaillant dans l’armée aurait été ruinée pour longtemps.

Quand une armée subit toutes les privations possibles pendant six semaines, quand elle se bat pratiquement à mains nues, sans même des bandages, aucun beau discours ne peut faire croire que la lâcheté n’est pas de la lâcheté et que la culpabilité peut avoir des «circonstances atténuantes».

On dit que parmi ceux qui furent fusillés il y avait beaucoup de bons communistes, certains même dont la faute était rachetée par les services qu’ils avaient déjà rendus à la révolution, par des années de prison et d’exil. C’est parfaitement vrai. Personne ne prétend qu’ils périrent au nom des préceptes du vieux code militaire qui dit qu’il faut «faire un exemple» quand au milieu des roulements de tambour on fait «œil pour œil, dent pour dent». Bien sûr que Sviajsk était une tragédie.

Mais tous ceux qui ont vécu la vie de l’Armée rouge, qui sont nés et sont devenus forts avec elle dans les batailles de Kazan, témoigneront que l’esprit d’airain de cette armée n’aurait jamais pu se forger, que la fusion entre le parti et la masse des soldats, entre la base et le sommet du commandement, rien de tout cela n’aurait pu se faire si, à la veille de l’assaut sur Kazan où des centaines de soldats allaient perdre la vie, le parti n’avait pas montré clairement aux yeux de tous qu’il était prêt à offrir à la Révolution ce grand sacrifice sanglant ; et que pour le parti aussi les lois sévères de la discipline entre camarades s’appliquent, que le parti a le courage d’appliquer sans faiblir les lois de la République soviétique à ses propres militants aussi. 

Il y eut 27 fusillés, et cela combla la brèche que les blancs avaient réussi à ouvrir dans la cohésion et la confiance en elle-même de la Cinquième Armée. Cette salve, qui punissait des communistes, des commandants et de simples soldats pour leur lâcheté et leur comportement déshonorant sur le champ de bataille, força la partie la moins consciente de la masse des soldats, les plus enclins à déserter (car il y en avait bien sûr), à se ressaisir et à se ranger avec ceux qui allaient consciemment et sans la moindre contrainte au combat.

C’est à ce moment précis que se décida le sort de Kazan, et non seulement cela mais le sort de toute l’intervention blanche. L’Armée rouge reprit confiance, elle se régénéra et se renforça pendant les longues semaines de défense et d’attaque.

C’est dans une situation de danger constant et de grandes épreuves morales qu’elle élabora ses lois, sa discipline, ses nouveaux statuts héroïques. Pour la première fois s’évanouit la panique face à la technique plus moderne de l’ennemi. On apprit comment avancer sous les tirs d’artillerie ; et, sans qu’on le recherche, par simple instinct de conservation, on inventa de nouvelles méthodes militaires, ces méthodes de combat spécifiques, les méthodes de la Guerre civile, que l’on étudie déjà dans les écoles supérieures de guerre. C’est très important qu’il y ait eu un homme justement comme Trotsky à Sviajsk à ce moment-là.

Le rôle de Trotsky

Quel que soit son titre ou son nom, il est clair que l’organisateur de l’Armée rouge, le futur Président du Conseil militaire révolutionnaire de la République, se devait d’avoir été à Sviajsk et d’avoir vécu toute l’expérience pratique de ces semaines de combat ; il dut mobiliser toutes les ressources de sa volonté et de son génie organisationnel pour défendre Sviajsk, pour défendre l’organisme de l’armée écrasé sous le feu des blancs [6]

NOTES

[1] On peut ici quelque peu accepter la description suivante: «groupe de combattants civils ou militaires rattachés ou non à une armée régulière et dont la tactique de combat est celle du harcèlement ou du coup de main. », (Wikipédia). Également :

https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all_12.htm

[2]« L'assassinat de Liebknecht et de Rosa Luxemburg n'est pas le seul coup qu'il ait reçu. Franz Mehring ne survit que quelques semaines au double assassinat ; sa santé altérée n'a pas résisté au choc. Au même moment, Johann Knief, tuberculeux depuis les années de guerre, s'alite : il mourra en avril, après une longue agonie clandestine. Radek, traqué par toutes les polices, est arrêté le. 12 février, peut craindre pendant plusieurs jours pour sa vie, mais obtient finalement la protection d'une cellule de prison et le prestige de l'homme par qui l'on peut ouvrir une discussion avec les Russes. Leo Jogiches qui, une fois de plus, tente de rassembler des débris de l'organisation, échappe pendant plus de deux mois à la police qui le traque. En mars pourtant, il est arrêté et abattu, sous prétexte, lui aussi, de « tentative' de fuite ». Eugen Léviné, rescapé du massacre des défenseurs de l'immeuble du Vorwärts en janvier, organisateur et tribun, partout sur la brèche, est dépêché en Bavière par la centrale et, après l'écrasement de la république des conseils de Munich, pris, jugé condamné à mort et fusillé. »

https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all_13.htm

[3] Staline : « Tout le travail de l’organisation pratique de l’insurrection a été mené sous la direction effective du président du soviet de Petrograd, le camarade Trotsky. Nous pouvons dire avec certitude que le basculement de la garnison aux côtés des soviets et la lourde tâche du comité militaire révolutionnaire, le parti les doit principalement et avant tout au camarade Trotsky » (La Pravda, n° 241, 6 novembre 1918).

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/04/trotsky-dewey.htm

Egalement : https://www.marxists.org/reference/archive/stalin/works/1918/11/06.htm

[4] http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2016/06/le-22-juin-1941-les-fascistes-allemands-declenchent-la-guerre-totale-contre-le-judeo-bolchevisme.html

[5] Geoffrey Roberts, Les guerres de Staline. De la guerre mondiale à la guerre froide, 1939-1953, éditions Delga, 2015, Paris p.121.

[6] https://www.icl-fi.org/francais/spf/41/reissner.html

Cela fait, maintenant, 80 longues années que Trotsky a été assassiné: bilan et perspectives
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