Deng Xiaoping, l'architecte communiste de la modernisation de la République populaire de Chine...

Deng Xiaoping, l'architecte communiste de la modernisation de la République populaire de Chine...

冷静观察, 站稳脚跟, 沉着应付, 韬光养晦, 善于守拙, 绝不当头
(Observons avec calme, garantissons nos positions, gérons les affaires avec sang-froid, cachons nos capacités et attendons notre heure, sachons garder un profil bas et ne prétendons jamais au leadership.)

Deng Xiaoping, 1991

Mise à jour le 05/01/2021

Par Michel AYMERICH

Je partage ci-dessous un article du journal Les échos  "Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l'OMC" qui traduit assez bien le point de vue de la bourgeoisie et son dépit idéologique et politique face au maintien du cap vers le socialisme par les communistes chinois dirigés par Xi Jinping [1].

Avant que vous le lisiez, je vous invite à lire mes réflexions en guise d' introduction...

L’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS - État fédéral qui regroupait quinze républiques socialistes soviétiques), fondée du vivant de Lénine le 30 décembre 1922, a été dissoute le 26 décembre 1991.

Deng Xiaoping a observé le processus menant vers la fin de l'URSS et à sa dissolution, ainsi que l'interdiction par le président russe B. Eltsine des activités du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) sur le territoire de la fédération de Russie en novembre 1991.

En dialecticien communiste, Il a compris que la République populaire de Chine (RPC) et le parti dirigeant, le Parti communiste chinois (PCC), devaient éviter de commettre les mêmes «erreurs» (en vérité le piège découlant de l'état de «forteresse assiégée»...) que celles commises par les dirigeants de l'URSS.  De Staline, en passant par Khrouchtchev, à Gorbatchev. Et surtout par ce dernier...

Après la mort de Lénine en 1924, le groupe constitué autour de Staline avait fini par accaparer le pouvoir exclusif au cours de ce qui pourrait s'apparenter avec de fortes réserves à un «thermidor soviétique» au sein du Parti communiste, évinçant ou éliminant progressivement la presque totalité du Comité Central (CC) qui avait dirigé la révolution socialiste d'octobre 1917 ainsi que des dizaines de milliers d'autres anciens bolcheviques, dont beaucoup furent physiquement liquidés lors des procès de Moscou entre 1936 et 1938. Procès qui selon l'historien Dominique Losurdo s'expliquent par une forme de continuité (ou de reprise) de la guerre civile débutée en 1918 [2].

Une seconde vague présentant des ressemblances superficielles recommencera pendant les années 50...

Cette seconde vague d'«épuration» toucha également les partis communistes qui avaient accédé au pouvoir à l'Est de l'Europe, Yougoslavie exceptée.

A la différence du PCUS, il n'y eut pas de «thermidor» au sein du PCC, mais des luttes de pouvoir qui se conclurent à partir d'octobre 1976 par «la victoire [...] sur la clique contre-révolutionnaire de Jian Qing [qui] sauva le parti et la révolution du désastre [de la « révolution culturelle ». M.A.] et permit à notre pays d'accéder à une nouvelle période de développement historique. [3]»

Deng Xiaoping qui avait été le secrétaire général du PCC de 1956 à 1967, un temps écarté, mais protégé par Zhou Enlai [4] - l'un des fondateurs du Parti communiste chinois -  reprit le pouvoir perdu. Il pouvait dès lors déclarer: «Et la principale de ces trois tâches, c'est l'édification économique, car elle constitue la base pour la solution des problèmes dans nos rapports avec l'étranger ainsi que des problèmes intérieurs. [5]»

Deng Xiaopîng et Mao Zedong
Deng Xiaopîng et Mao Zedong à gauche de la photo. Photo Yang Chungui

Parmi les «erreurs» observées par les communistes chinois, dont Deng Xiaoping à leur tête, il y a sans doute celle consistant en la volonté -largement dictée par la situation- des dirigeants soviétiques de concurrencer militairement les USA et l'Occident en général (les pays les plus développés du système capitaliste mondial), sans avoir préalablement développé suffisamment les forces productives et l’ensemble de l'économie.

Le philosophe soviétique Mark Rosental observait : «L'interaction des deux systèmes, en tant que contraires externes, a aussi un autre aspect : l'influence, l'action du système capitaliste sur le système socialiste. Ce serait une erreur grossière que d'ignorer cette influence. Dans la même mesure dans laquelle le système socialiste joue le rôle d' «environnement» des processus internes s'effectuant dans le système capitaliste, ce dernier sert d' «environnement» à la dialectique interne de la société socialiste. Et l'action de cet environnement se fait sentir de façon suffisamment visible et tangible. Elle se manifeste par la nécessité dans laquelle se trouvent les États socialistes, afin d'assurer leur sécurité, de dépenser des sommes considérables pour leur défense, au lieu de les utiliser ailleurs... [6] »

Face au désastre, résultant pour une bonne partie de la dépense de «sommes considérables pour leur défense, au lieu de les utiliser ailleurs», que fut la destruction de l'URSS et de ses alliés d'Europe de l'Est, Deng Xiaoping formula alors en 1991, cette même année qui vit la dissolution de l'URSS et l'interdiction du PCUS, sa stratégie (plutôt une tactique sur une longue durée) du «profil bas» : «Observons avec calme, garantissons nos positions, gérons les affaires avec sang-froid, cachons nos capacités et attendons notre heure, sachons garder un profil bas et ne prétendons jamais au leadership.»

Les capitalistes d'Occident et leurs plumitifs tirèrent du repli dialectique initié par les communistes chinois la conclusion erronée que dorénavant les communistes de Chine capitulaient progressivement, ouvrant leur pays à la restauration du capitalisme en tant que mode de production dominant, déterminant et surdéterminant les décisions dans tous les domaines économiques, sociaux et politiques...

Mao, Lenin & Deng Xiaoping (œuvre de Lee Jin Hyu). Parfois un artiste parvient en un seul tableau à traduire l'ensemble d'une politique. Ici, Lénine est au centre et non placé en premier comme le voudrait une approche chronologique. Deng lui succède et Mao le précède. N'est-ce pas un clin d'oeil de l'artiste à la politique économique de Deng Xiaoping inspirée de la NEP initiée par Lénine ?

C'était ignorer le précédent historique de la démarche dialectique de Lénine, lequel écrivait en novembre 1922, pendant la Nouvelle politique économique (NEP) (en russe : Новая экономическая политика – Novaïa Ekonomitcheskaïa Politika): «[…] le capitalisme d’État, sans être une forme socialiste, serait pour nous et pour la Russie une forme plus favorable que celle d'aujourd'hui. Qu'est-ce à dire ? C'est que, tout en ayant déjà accompli la révolution sociale, nous n'avons surestimé ni les germes ni les principes de l'économie socialiste.

Au contraire, déjà à ce moment nous avions conscience, jusqu'à un certain point, de cette vérité : oui, en effet, mieux eût valu passer d'abord par le capitalisme d’État pour, ensuite, arriver au socialisme. [7]»

Les capitalistes d'Occident et leurs plumitifs ne pouvaient, en effet, concevoir que des communistes puissent rester communistes !

Dans leur conception du monde (Weltanschauung), l'homme est bourgeois. Le communiste est un homme qui fait semblant d'être communiste et dissimule son essence bourgeoise. Il ne peut selon la conception bourgeoise être animé d'un idéal reposant sur une conception communiste du monde, de son histoire, de son devenir. Cette conception bourgeoise du monde n'est ethnocentrée (l'affirmation que le communisme est mort à la suite de la chute du Mur de Berlin, "oubliant" que le centre du monde s'est déplacé en Asie..) qu'en second lieu. En premier lieu, elle est centrée sur leur classe et les rapports qui régissent les bourgeois entre eux et envers les autres classes ! La conception bourgeoise du monde est l'horizon mental borné de cette classe...

Il est intéressant de lire les ouvrages récents concernant la Chine de Sylvie Bermann [8] et Jacques Gravereau [9], lesquels dénotent cet aveuglement idéologique. Les deux auteurs éprouvent manifestement plus d'une difficulté à concevoir que des communistes puissent l'être et en tant que tels poursuivre une politique sur le long terme...

Généralement, le vocabulaire employé en Occident trahi autant un auto-aveuglement qu'un désir de salir (quand il ne s'agit pas de criminaliser...) les communistes en les désignant par des concepts, dont l'emploi est en principe réservé de plein droit aux communistes afin qu'ils désignent avec pertinence des représentants des classes possédantes. Ainsi, les communistes se retrouvent dépossédés de leur vocabulaire et ce sont les fils de communistes historiques qui se voient qualifiés absurdement de « princes rouges ». Stratagème qui permet de leur retirer leur identité politique réelle et de leur plaquer artificiellement les qualificatifs employés à l'origine par les révolutionnaires français de 1789 (le mot rouge excepté). Ceci afin le cas échéant de pouvoir, par un tour de passe-passe sémantique, qualifier des contre-révolutionnaires anticommunistes et historiquement réactionnaires de « révolutionnaires » !!!

A la présidence, Gustav Klinger, Hugo Eberlein, Lénine, Fritz Platten
A la présidence, Gustav Klinger, Hugo Eberlein, Lénine, Fritz Platten (source: WikiRouge)

Werner Eberlein [10]  (fils de Hugo Eberlein, cofondateur du Parti communiste d'Allemagne et compagnon de lutte de  Rosa Luxemburg...) qui fut membre du Bureau politique (BP) du Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (SED), écrivait en 1994 après le second Anschluss [11] qu'a été l'annexion de la RDA: « Je suis né avec un « héritage génétique » communiste et je suis resté fidèle à cette idée, à travers des hauts et beaucoup de bas. Je ne sais pas combien d'années de vie me sont encore accordées, je ne sais pas quels obstacles m'attendent encore, mais je sais avec certitude que je resterai fidèle à cette cause! [12]»

De jeunes membres du PCC devant le drapeau du parti...

En Chine, Xi Jinpijng est un autre fils de révolutionnaire communiste historique. Mais à la différence des communistes d'Allemagne, il préside actuellement à la conduite de la RPC vers la place de première économie du monde et à la transformation consécutive de ce dernier...

« Un jour, à l'avenir, le monde se félicitera de l'existence de la Chine.»  prophétise Xi Jinpijng [13]. Faut-il préciser que le chef du PCC et de l’État pense à la République populaire de Chine conduite par le Parti communiste chinois?

François Bougon nous apprend  : «L'univers historique de Xi Jinpijng est peuplé de héros. De ceux que le régime chante depuis 1949, tous ces hommes et femmes qui ont participé à la Longue Marche et lutté pour l'avènement du communisme. [...] La première génération à avoir été bercée par ces légendes glorieuses est celle de Xi. Et lui personnellement peut à double titre se prêter à cette adulation, car son père, Xi Zhongxun, a été un de ces héros, un compagnon de Mao : engagé encore adolescent dans les rangs de la guérilla du nord-ouest du pays, il a rejoint l'avant-garde de la révolution.[14] »

NOTES :

[1] Texte intégral du rapport de Xi Jinping au 19e Congrès national du PCC, http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2017/11/texte-integral-du-rapport-de-xi-jinping-au-19e-congres-national-du-pcc.html

[2] Domenico Losurdo, Stalin, Geschichte und Kritik einer schwarzen Legende, Papy Rossa Verlag, 2012.

[3] Résolution sur l'histoire du Parti communiste chinois (1949-1981), Éditions en langue étrangère, Beijing, 1981, p.54.

[4] Michel AYMERICH, 120ème anniversaire de Zhou Enlai! http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2018/03/120eme-anniversaire-de-zhou-enlai.html

[5] Deng Xiaoping, Allocution d'ouverture au XIIe congrès du Parti communiste chinois (1er septembre 1982). In Le XIIe congrès du Parti communiste chinois (septembre 1982), Éditions en langue étrangère, Beijing, 1982, p.5.

[6] Mark Rosental, La dialectique de la coexistence pacifique des deux systèmes sociaux, Éditions de l'Agence de presse Novosti, Moscou-1984, p. 44.

[7] Extraits du texte de Lénine qui permet de mieux comprendre la façon de poser le problème lié à la question du rôle du marché en Chine: «Ainsi, en 1918, j'étais d'avis que, par rapport à la situation économique de la République des Soviets à l'époque, le capitalisme d’État était un pas en avant. Cela paraît très étrange et peut-être même absurde ; car déjà à ce moment notre République était une république socialiste ; nous adoptions alors chaque jour, avec la plus grande précipitation, — précipitation excessive sans doute, — de nouvelles mesures économiques de toute sorte que l'on ne saurait qualifier autrement que de mesures socialistes. Néanmoins, je pensais que, compte tenu de la situation économique qui était à l'époque celle de la République des Soviets, le capitalisme d’État était un pas en avant.

Et pour expliquer cette pensée, j'ai énuméré simplement les éléments du régime économique de la Russie.

Voici quels étaient, selon moi, ces éléments : « 1° la forme patriarcale, c'est-à-dire la forme la plus primitive de l'agriculture ; 2° la petite production marchande (ici se classe également la majorité des paysans qui vendent du blé) ; 3° le capitalisme privé ; 4° le capitalisme d’État et 5° le socialisme. »

Tous ces éléments économiques existaient dans la Russie de ce temps. Je m'étais assigné pour tâche d'élucider leurs rapports, et je me demandais s'il ne convenait pas de considérer l'un des éléments non socialistes, en l'espèce le capitalisme d’État, comme supérieur au socialisme. Je le répète : cela paraît fort étrange à tous de voir que dans une République qui se proclame socialiste, un élément non socialiste soit considéré comme supérieur, comme placé au-dessus du socialisme.

Mais la chose devient compréhensible, si vous vous rappelez que nous ne considérions nullement le régime économique de la Russie comme un système homogène et hautement évolué ; nous nous rendions entièrement compte qu'en Russie l'agriculture patriarcale, c'est-à-dire la forme la plus primitive de l'agriculture, existait à côté de la forme socialiste.

Quel rôle pouvait donc jouer le capitalisme d’État dans ces conditions ?

Je me demandais ensuite : lequel de ces éléments prédomine ? Il est clair que dans un milieu petit-bourgeois, c'est l'élément petit-bourgeois qui domine.

Je me rendais compte alors que ce dernier prédominait ; il était impossible de penser autrement.

La question que je me posais — au cours d'une polémique qui n'a rien à voir avec la question que nous sommes en train d'examiner, — était celle-ci : quelle est notre attitude à l'égard du capitalisme d’État ? Et je me suis fait cette réponse : le capitalisme d’État, sans être une forme socialiste, serait pour nous et pour la Russie une forme plus favorable que celle d'aujourd'hui. Qu'est-ce à dire ? C'est que, tout en ayant déjà accompli la révolution sociale, nous n'avons surestimé ni les germes ni les principes de l'économie socialiste.

Au contraire, déjà à ce moment nous avions conscience, jusqu'à un certain point, de cette vérité : oui, en effet, mieux eût valu passer d'abord par le capitalisme d'Etat pour, ensuite, arriver au socialismehttp://lesmaterialistes.com/lenine-cinq-ans-revolution-russe-perspectives-revolution-mondiale

Voir également Lénine, A la colonie russe d'Amérique du Nord, 14 novembre 1922, in Michel AYMERICH, A propos de la « guerre des droits de douane » déclenchée par les États-Unis contre la République populaire de Chine! http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2018/04/a-propos-de-la-guerre-des-droits-de-douane-declenchee-par-les-etats-unis-contre-la-republique-populaire-de-chine.html

[8] Jacques Gravereau, La Chine conquérante: Enquête sur une étrange superpuissance, Eyrolles, janvier 2017.

[9] Sylvie Bermann, La Chine en eaux profondes, Stock, mai 2017. Il faut toutefois remarquer que cette ancienne ambassadrice de la France en Chine écrit : « Comme la Chine fera de plus en plus partie de nos vies et de nos paysages mentaux, à l'instar des États-Unis au XXème siècle, notre intérêt est de rechercher une coopération mutuellement bénéfique, "gagnant-gagnant" selon l'expression favorite des Chinois, et pour cela de la comprendre et donc de la connaître mieux. Notre intérêt, celui de la France, de l'Europe et des pays occidentaux en général est une Chine prospère qui puisse demeurer un des moteurs de l'économie mondiale et un pôle de stabilité dans un monde troublé. », pp.329-330.

[10] Werner Eberlein était le fils de Hugo Eberlein qui aux côtés de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht fut membre de la Ligue spartakiste (Spartakusbund) et cofondateur en 1918 du KPD, dont il votera l'adhésion à l'Internationale communiste (IC) en mars 1919. Le 30 juillet 1941, Hugo Eberlein sera condamné à mort lors d'un procès «stalinien» (concept à la pertinence relative) et exécuté le 16 octobre 1941 en URSS. Son fils Werner deviendra membre du Bureau politique (BP) du Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (SED)...

[11] Le premier Anschluss est celui du début de l'annexion en mars 1938 de l'Autriche par l'Allemagne nazie. Il est remarquable que sur le bulletin de vote du 10 avril 1938 il est écrit : «Es-tu d'accord avec la réunification de l'Autriche avec le Reich allemand qui fut décrétée le 13 mars 1938, et votes-tu pour le parti de notre chef Adolf Hitler ?». Les nazis comme leurs successeurs aujourd'hui parlaient de réunification et non d'annexion. Il est vrai que le premier Anschluss avait remporté une bien plus grande adhésion de la population de l'Autriche que ce ne fut le cas en RDA face au second Anschluss... VLADIMIRO GIACCHE, Le Second Anschluss. L’annexion de la RDA. (L’unification de l’Allemagne et l’avenir de l’Europe), http://editionsdelga.fr/portfolio/vladimiro-giacche/

[12] « Ich bin mit kommunistischer "Erbmasse" zur Welt gekommen und bin dieser Idee treu geblieben, über Höhen und durch viele Tiefen. Ich weisse nicht, wieviel Jahre Leben mir noch vergönnt sind, ich weisse nicht, welche Hürden noch auf mich warten, aber ich weisse mit Sicherheit, dass ich dieser Sache treu bleiben werde! » Werner Eberlein, Ansichten, Einsichten, Aussichten, SPOTLESS-Verlag, Berlin,1994, p. 94.

[13] François Bougon, Dans la tête de Xi Jinping, Solin/Actes Sud, octobre 2017, p.193.

[14] François Bougon, ibid., p. 95.

Face à la politique communiste de Xi Jinping, les grands capitalistes déchantent et voudraient faire tourner la roue de l'histoire en sens contraire. Trop tard !
Articles
Le choix, ici, de la photo de Deng Xiaoping me revient. M.A.

Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l'OMC

Richard Hiault / Grand reporter

Le 06/07 à 17:19Mis à jour le 09/07 à 15:48

En 2001, Américains et Européens pensaient naïvement que la Chine allait se diriger vers une économie de marché et respecter les règles de l'Organisation mondiale du commerce. Près de vingt ans plus tard, ils déchantent.

En acceptant la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en 2001, les dirigeants occidentaux se sont largement fourvoyés. Quelque vingt ans plus tard, l'Union européenne et les Etats-Unis prennent conscience d'avoir été dupés. Le réveil est douloureux. Montée des mouvements populistes, contestation de la mondialisation , creusement des inégalités et risque de guerre commerciale en sont la manifestation. Les Occidentaux payent aujourd'hui leur naïveté [leur conception du monde (Weltanschauung) les a aveuglé en les empêchant de pouvoir concevoir que des communistes convaincus puissent exister... M.A.] face aux réalités du monde chinois.

En arrimant la Chine au système commercial bâti dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, par le GATT puis par l'OMC, Bruxelles et Washington pensent à l'époque que Pékin va adapter son économie. La Chine ira progressivement vers l'économie de marché et respectera les règles d'une économie libérale non centralisée. L'Europe et l'Amérique pensent du coup s'ouvrir un marché de plus d'un milliard de consommateurs avides de made in America ou de made in Europe.

Bill Clinton défend l'intégration chinoise à l'OMC

En 1999, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, défend ardemment cette adhésion. « Nous avons obtenu de nouvelles garanties, très strictes, contre un brusque afflux d'importations chinoises. Nous avons maintenu les règles les plus contraignantes possible contre le dumping des produits chinois qui ont tant endommagé l'économie américaine par le passé. L'entrée de la Chine à l'OMC encouragera le pays à jouer selon les règles internationales », clame-t-il. De belles promesses restées quasi lettre morte.

Car, depuis son intégration, la Chine joue son propre jeu. Elle prend une trajectoire bien différente de ce que les Occidentaux anticipent alors.

« L'OMC a été conçue comme une organisation internationale visant à faciliter le commerce entre des économies de marché, dans lequel le rôle de l'Etat reste limité », explique dans une note parue en mai dernier Elvire Fabry, chercheuse senior à l'institut Jacques-Delors. En 2001, le défi est colossal pour Pékin. Son économie repose sur un très large secteur public et un rôle prédominant des entreprises d'Etat. Les Occidentaux donnent un délai de quinze ans pour opérer la mue via des privatisations et une libéralisation des entreprises d'Etat. Sinon, tout le système de l'OMC sera en péril. Une mise en garde qui aujourd'hui apparaît prémonitoire.

Renforcement des pouvoirs du président Xi Jinping, président à vie, régime de plus en plus autoritaire, omniprésence de l'Etat dans l'économie, larges subventions et persistance des entreprises publiques caractérisent la Chine actuelle. Un registre bien loin des standards de l'Occident. Tant et si bien que Washington et Bruxelles ont refusé, en 2016, d'accorder comme promis le statut d'économie de marché à la Chine.

La Chine ne respecte pas les règles de l'OMC

L'erreur est d'avoir pu penser qu'en Chine, le capitalisme d'Etat pourrait céder le pas au capitalisme de marché [pour le bénéfice des grands requins bourgeois ! M.A.]. Que le pays aurait pu adopter les valeurs occidentales de démocratie [pour permettre à la classe des capitalistes d'usurper durablement le pouvoir... M.A.]. Car pour Pékin, le modèle de l'Occident est en déclin.

Autre différence et de taille : la Chine n'a pas la même notion du temps que les Européens et les Américains. Un exemple ? Jamais une entreprise occidentale ne financerait un projet qui ne serait pas rentable [à court terme. M.A. ]. Pas la Chine qui pense à très long terme. Avec sa puissance financière publique accumulée depuis des décennies, elle ne se préoccupe pas en priorité d'une rentabilité à court terme si ses intérêts stratégiques le lui commandent [« intérêts stratégiques » qui correspondent à la résolution des problèmes hérités du passé et des défis posés sur la voie de leur résolution... M.A.]. Cela lui est d'autant plus facile que l'Etat garde la mainmise sur l'économie. Ce qui est impensable dans le système capitaliste tel que l'Occident le pratique, cela ne l'est pas en Chine.

"Les entreprises d'Etat représentent aujourd'hui près de 40 % des principaux actifs industriels chinois et 80-90 % de part de marché dans les industries stratégiques. "

En mai dernier, l'ambassadeur de l'Union européenne à l'OMC estimait que les problèmes actuels de distorsions économiques mondiales et de surcapacités de production sont dus à des modes de fabrication qui ne sont pas fondés sur les principes du marché. Depuis 2001, observe encore Elvire Fabry, d'importants programmes de subventions publiques chinoises ont concerné autant l'industrie de l'acier et du verre, que du papier ou encore des pièces détachées dans l'automobile. Et si un effort de libéralisation de l'économie chinoise a bien été engagé, depuis la crise financière l'importance des entreprises d'Etat n'a fait que se renforcer. « Elles représentent aujourd'hui près de 40 % des principaux actifs industriels chinois et 80-90 % de part de marché dans les industries stratégiques. »

Au bout du compte, la Chine a beau vanter les mérites du libre-échange et de l'ouverture des marchés, elle s'en dédouane. Interrogé sur la naïveté des Occidentaux, Pascal Lamy, ex-directeur général de l'OMC, concède dans un entretien au « Monde » en juin dernier : « La Chine a payé, son accession en 2001, bien plus cher que d'autres pays en développement [...]. On aurait dû faire mieux sur deux points : les subventions publiques aux entreprises et l'accès aux marchés publics, dès lors que la Chine se développait rapidement. » Il faut y ajouter le pillage de la propriété intellectuelle [Tiens donc ! Quand des cerveaux émigrent dans des pays qui offrent des salaires avantageux, ce n'est pas du « pillage »?! M.A.] et le transfert forcé de technologies que dénoncent de plus en plus fortement l'Union européenne et les Etats-Unis. Outre que les marchés sont plus fermés en Chine qu'ailleurs, les entreprises étrangères font face à toutes sortes d'intimidations si elles ne transfèrent pas leur savoir-faire dans l'empire du Milieu.

« Made in China 2025 » inquiète

Le plan du gouvernement chinois « Made in China 2025 » offre une illustration parfaite des pratiques locales. Pour les partenaires économiques de la Chine, en Europe et aux Etats-Unis, ce plan aurait pu leur offrir des opportunités. « En principe, l'économie mondiale a de bonnes raisons d'accueillir la Chine dans sa quête d'une capacité d'innovation accrue, à condition que la Chine respecte les principes et les règles de l'ouverture des marchés et de la concurrence loyale », relevait le Mercator Institute for China Studies dans son étude « Made in China 2025 » parue en 2016. «Cependant, 'Made in China 2025', dans sa forme actuelle, représente exactement le contraire : le gouvernement intervient systématiquement sur les marchés nationaux afin de favoriser et de faciliter la domination économique des entreprises chinoises et de désavantager les concurrents étrangers. » Washington et Bruxelles ont raison de tempêter contre Pékin. L'heure est à un rééquilibrage des relations commerciales et à une réforme des règles de l'OMC . Encore faudra-t-il pour Bruxelles et Washington faire venir à la table des négociations la Chine. Et ne pas être une nouvelle fois ses dupes. »

SOURCE : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301924542058-comment-la-chine-a-dupe-americains-et-europeens-a-lomc-2190447.php

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