Quelques réflexions sur le parti pris anti-israélien, forme moderne de l'antisémitisme

Par Michel AYMERICH

Le parti pris anti-israélien est souvent insidieux, il n'apparaît ouvertement que lorsque l'Etat hébreu est attaqué et que son gouvernement prend la décision de le défendre.

L'ignorance de l'histoire comme l'ignorance des tenants et aboutissants, et celle des faits réels et non fabriqués (les antisionistes en fabriquent abondamment!), sont partiellement le facteur à la base du parti pris anti-israélien. Principalement chez les Occidentaux. Le complétant dans des proportions variables, l'autre facteur à la base de ce parti pris est «l'antisémitisme». David André Belhassen propose à la place de ce terme «anti-hébraïsme», plus exact (Com. pers.). Toutefois l'avantage (et le désavantage?) du terme «antisémitisme» est qu'il est fort usité. L'antisémitisme (ou anti-hébraïsme) est encore présent dans les pores d'une partie non négligeable du corps social qu'un « rien » peut raviver. Dans un premier temps sous sa forme moderne d'antisionisme. Ces deux facteurs que sont l'ignorance et l'antisémitisme (ou anti-hébraïsme) encore présent se nourrissent l'un l'autre.

Des Juifs eux-mêmes peuvent être trompés sous le poids des répétitions étayées par la désinformation produite par le Hamas et « l'Autorité nationale palestinienne » (chacun des trois mots pourraient être mis entre guillemets), relayée par une AFP (Agence France Presse) complaisante et véhiculée par les idiots utiles de la pseudo-gauche. Les Juifs trompés intériorisent inconsciemment des éléments d'une culture antisémite qui ne dit pas son nom.

Hors de l'Occident, de l'autre côté de la Méditerranée et partout où l'Islam a été imposé, l'ignorance est structurelle vis à vis de la question juive et de la question d'Israël qui en découle. La connaissance des faits est délaissée. La foi en Allah et son prophète structurent l'approche de la question. Cette foi détermine l'approche de la question juive et celle associée de l'autodétermination nationale du peuple juif. Elle déteint même sur des Athées issus de ces pays qui n'osent pas franchir un pas supplémentaire dans la rupture avec leur entourage. Malek Boutih est l'une des rares et très belles exceptions ! [1]

L'antisémitisme (au sens d'une idéologie et d'une pratique anti-juives) est endémique dans ces pays et rarement une opposition politique n'a entrepris d'en attaquer fondamentalement les racines. Exceptée celle de certains militants politiques amazighs qui n'ont toutefois pas encore produit d'ouvrages œuvrant à déconstruire la mécanique antisioniste, parce-que antisémite...

Ainsi lire l'information suivante n'a rien d'historiquement nouveau (ce fut même pire dans les siècles passés) : « Un enfant juif âgé de 13 ans a été violemment agressé samedi après-midi à Paris par trois individus « nord-africains », a dénoncé lundi le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA). » [2]

A elle seule la dénonciation du « sionisme » devrait signaler aux esprits libres et critiques ce qu'il en est réellement des prises de positions des accusateurs de l'autodétermination nationale du peuple hébreu [3] .

  • Les accusateurs occidentaux préfèrent de facto les Juifs, lorsqu'ils étaient à plaindre, parce-que pauvres bougres dans les uniformes rayés de prisonnier des camps d'extermination.

  • Les accusateurs issus ou habitant l'autre côté de la Méditerranée préfèrent manifestement ceux des représentants du peuple hébreu qui furent soumis par la contrainte islamique au statut infâme de la Dhimma.

Parmi les descendants de dhimmis, l'infime minorité de ceux atteints à posteriori du syndrome de Stockholm, semblant reconnaître ou relativiser ce qui fut une « protection » aléatoire, relative et arbitraire, est particulièrement préférée des uns et des autres. Comme ces Hébreux sont extrêmement minoritaires, le ressentiment d'obédience musulmane est grand vis à vis de la majorité juive, jugée « non reconnaissante » et « traîtresse ». Un ressentiment qui déteint sur un certain nombre d'Occidentaux parmi celles et ceux qui fréquentent de près les musulmans de culture. Ces Occidentaux-là n'ont ni le gabarit intellectuel et éthique ni la volonté de contrer de manière décisive les manifestations de l'antisionisme motivé (parfois subtilement...) par l'antisémitisme de fait.

Trop souvent les athées, issus de ces cultures sous forte influence islamique, voient dans les « sionistes » non pas des femmes et des hommes de la nation hébraïque qui ont été les premiers au lendemain de la guerre à réussir leur libération (et de fait ont lancé le signal de l'émancipation générale des nations du joug colonial, dont l'arabo-islamique), mais des « collaborateurs » des anciens occupants occidentaux!

Ce faisant, ils oublient qu'eux-mêmes en tant qu'athées, mais aussi comme eux les agnostiques, les libres penseurs, les esprits critiques, les chrétiens d'Orient doivent souvent aller chercher leur salut en Occident et... en Israël, seul pays de la région où leur nombre augmente. Ils oublient que l'Occident n'a jamais été réductible aux seuls colonialistes (il y eut beaucoup d'anticolonialistes et parmi eux un nombre important de Juifs). Ils oublient également que l'impérialisme occidental n'est pas le seul ni nécessairement celui aux effets à long terme les plus néfastes. Ainsi, il existe un impérialisme arabo-musulman, comme un impérialisme islamo-turc et un impérialisme islamo-iranien. Ils oublient dans leurs réactions pavloviennes que entre l'impérialisme nazi et l'impérialisme US, il vaut toujours mieux être du côté des acquis démocratiques...

En Occident, nombreux sont ceux qui préfèrent les Juifs « intégrés ». Plus exactement les Juifs discrets, au bord de l'effacement mimétique. Les Juifs qui s'efforcent de faire oublier leur judaïté, fut-elle laïque (ce qu'elle est très majoritairement). Les Juifs qui n'affirment pas une identité émancipée à égalité avec la leur (celle des Français descendant des résistants).

Il n'est dans le fonds guère admis qu'un Juif puisse être français et israélien ou même ouvertement pro-israélien. Pourtant un Juif devrait pouvoir être Français et citoyen de l’État hébreu, sans que cela soit perçu le moins du monde comme dérangeant. Bien au contraire [4].

En Occident, il semblerait que l'on n'aime surtout pas les Juifs proclamant fièrement leur judaïté émancipée au sein de leur nation autodéterminée.

Une position que l'on retrouve au Maroc...

On retrouve (certes de façon bien plus caricaturale) cette position au Maroc. Elle est reflétée là-bas par l'expression répandue : « Nos Juifs ».

L'adjectif possessif indique qu'il n'est pas accepté que les Juifs puissent être propriétaires d'eux-mêmes. Qui plus est, il leur est dénié de remémorer ouvertement ce qui fut la plupart du temps la condition lamentable et souvent atroce associée au statut infamant de la dhimma. Le mythe d'une bonne entente doit être asséné par répétition inlassable, relayée par une ignorance voulue des multiples sources écrites et orales [5].

A titre de comparaison, que pense-t-on de ces hommes qui disent « nos femmes » ? Ces hommes français ou allemand qui emploient cet adjectif possessif pour désigner les femmes françaises ou allemandes, dont il est implicitement dit qu'elles sont propriété nationale et ne devraient pas disposer librement de leurs corps et de leurs... cerveaux.

Alors, comment avoir la moindre indulgence envers ceux des hommes qui disent « nos Juifs » ? Et leur refusent de rappeler ce que fut l'indigne condition de dhimmî de leurs ancêtres; et leur dénient le droit de s'être autodéterminés, leur faisant la guerre directement ou par procuration... Ces mêmes hommes -il faut le rappeler en ce jour du 08 mars, journée internationale des droits des femmes- qui considèrent toutes les femmes comme des mineures, propriété des hommes et des hommes musulmans seulement [6].

Dans le contexte du conflit tendanciel principal (il existe des contre-tendances sous forme d'alliances tactiques limitées dans le temps qui tempèrent l'intensité de ce conflit) entre Israël et le monde arabo-musulman, et au-delà avec le monde islamisé dans son ensemble (Iran, Turquie, Pakistan, etc ne sont pas arabes), les dirigeants musulmans ne pardonnent pas la remise en cause de leur autorité par ces femmes et hommes de la nation hébraïque qui ont eu le toupet de s'autodéterminer et de rétablir leur souveraineté sur une terre conquise par l'islam. Une terre libérée où maintenant des Juives peuvent circuler en shorts et... armées!!!

Non seulement, donc, des Juifs considérés comme des chiens devant se soumettre aux Musulmans, mais encore des femmes juives qui défient l'autorité musulmane et masculine...

  • J'aime les femmes libres. J'aime celles qui les «cheveux aux quatre vents» (pour reprendre l'expression poétique de G. Moustaki) montent à cheval ou/et sautent en parachute ou/et escaladent des montagnes ou/et défendent leur cause, si besoin est, arme à la main... Je les aime aussi pouvant nager sur de longues distances ou/et écrivant livres et articles, etc

  • J'aime les Kurdes libres combattant pour leur autodétermination nationale.

  • J'aime les Amazighs libres qui luttent pour l'affirmation de leur identité bafouée.

  • J'aime les Arabes et les Perses qui, bravant le danger, se libèrent de la dictature religieuse. Celle qui condamne à mort « l'apostasie ».

  • J'aime donc les Juifs autodéterminés qui n'ont plus à se soumettre à tel ou tel degré de tolérance.

Femme agitant 3 drapeaux: le drapeau kurde (en haut), le drapeau amazigh (à gauche) et le drapeau de l'Etat-nation hébreu (à droite)...

Femme agitant 3 drapeaux: le drapeau kurde (en haut), le drapeau amazigh (à gauche) et le drapeau de l'Etat-nation hébreu (à droite)...

Tolère t-on l'existence des femmes ou celle des roux ?

Mais à propos, qui, quel citoyen français ou sujet marocain peut se satisfaire d'une existence seulement tolérée ? Tolère t-on l'existence des femmes ou celle des roux ?

Tolérance des Juifs qui plus est relative à laquelle peut précéder ou succéder tel ou tel degré d'intolérance. Un degré pouvant aller par réchauffements successifs, comme l'histoire l'a amplement démontré des DEUX côtés de la Méditerranée jusqu'aux pogroms les plus meurtriers [7]. Et même aller jusqu'aux camps d'extermination. D'abord en Europe, comme cela a été commencé. Et ensuite se poursuivre au Maghreb et en Orient. Un processus d'extermination totale qui a été interrompu par la défaite militaire totale des nazis.

Tel était, en effet, le projet du Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini. Tel est le projet de ses héritiers...

Un Grand Mufti, ne l'oublions pas, qui fut loin d'être le seul à représenter la réaction musulmane face aux Juifs. Ainsi Sheikh Hassan Salameh, pro-nazi et proche du Grand Mufti, fut parachuté par les nazis en Palestine pendant l'été 1944. Son fils Ali Hassan Salameh est considéré comme l'instigateur principal de la prise d'otages des Jeux olympiques de Munich en 1972 où onze athlètes israéliens ont été pris en otage et assassinés par des terroristes membres de l'organisation arabo-palestinienne Septembre noir. Il deviendra par la suite chef des services de renseignement et de contre-espionnage en Jordanie ! L'un des organisateurs de ce massacre serait Mahmoud Abbas [8]...

NOTES :

[1] Malek Boutih : « Il faut se débarrasser des nouveaux SS, les islamo-nazis »

[2] Haine du Juif à Paris : un enfant juif violemment agressé par trois islamo-nazis.

[3] David André Belhassen est d'avis que « le choix du nom « sionisme » fut une grave erreur sémantique. « Mouvement de libération du peuple hébreu » est plus exact. » Israël. Amour et désamour, Paris, 2013, p.10.

[4] La double nationalité, lorsqu'elle concerne des sujets marocains devenus citoyens français n'est selon moi pas à mettre sur le même plan. Un sujet marocain demeure officiellement soumis au Roi et à l'islam. Un sujet marocain, même ayant acquis la citoyenneté française devient difficilement un citoyen de la République française laïque. Il y a une incompatibilité des références, une incompatibilité des valeurs. Pour devenir pleinement citoyen français et non « Français » de papier, un ancien sujet marocain doit rompre radicalement avec ses anciennes références. Tout le contraire d'un citoyen juif qui possède la double nationalité...

[5] Mon article : Merci à ceux qui m'empêchent de dormir sur mes Lauriers !

[6] « Le hijab est présenté différemment dans les pays à majorité musulmane qu’en Occident. Les femmes y sont représentées comme des objets de consommation et comme la propriété des hommes. Elles se font dire qu’elles sont comme des bonbons emballés ou de précieux diamants cachés, alors que les hommes se font demander pourquoi ils couvrent leurs automobiles mais laissent leurs femmes se promener découvertes. Mais les femmes sont des personnes et non des objets.» LE HIJAB EST SEXISME, ET NON ANTI-RACISME!

[7] Au Maroc, pour prendre l'exemple de ce pays que je connais bien, il y eut pendant plusieurs siècles de nombreux pogroms, massacres, assassinats, viols, rapts, conversions forcées, « malgré » le statut de la dhimma n'accordant qu'une « protection » toute relative et surtout parfaitement arbitraire. Entre autres innombrables exemples, David Bensoussan rapporte : « En 1820, le Mellah de Fès fut saccagé et des atrocités y furent commises », (Il Était Une Fois Le Maroc: Témoignages Du Passé Judéo-marocain de David Bensoussan, p. 137). Voir également mon article : Merci à ceux qui m'empêchent de dormir sur mes Lauriers !

[8] Eliyahu Nissim, président du Mouvement des étudiants pour Israël, a écrit en décembre 2014 au ministre israélien de la Défense: « Depuis quelques mois, nous avons réuni les preuves indubitables de l'implication d'Abbas dans ce terrible massacre qui a été effectué par l'organisation Septembre Noir, créée à l'initiative du Fatah d'Arafat, et Abbas en a assuré le financement. En fait, l'implication d'Abbas dans cet attentat terroriste est bien connue du public et des familles des victimes. Voici quelques années, Ilana Romano, veuve de Yosef Romano, un des onze qui ont été assassiné à Munich, a dit lors d'une interview au Yediot Aharonot qu'elle détenait une cassette dans laquelle Abbas admet son implication dans le meurtre des athlètes. Après plusieurs années de suivi, nous savons qu'Abbas était le « ministre des finances » du meurtre de Munich et celui qui a amené l'argent depuis l'Arabie saoudite pour financer cette opération. Si le ministre de la Défense a le moindre doute sur l'implication d'Abbas dans le massacre des athlètes israéliens, nous devons saisir la chance de la prouver et de présenter les preuves ».Mahmoud Abbas, terroriste « modéré » depuis plus de quarante ans

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