Par Michel AYMERICH

Quelque temps avant le 13 novembre 2015 et ses attentats massifs à Paris, j'avais lu le dernier roman, assurément pour une bonne part autobiographique, d'Eliette Abécassis : « Alyah ».

Femme de lettres française née à Strasbourg, d'origine juive marocaine, elle aborde la question de la tentation d'un départ définitif pour Israël de son héroïne Esther. Celle-ci ne porte pas son choix comme destination possible sur le pays de naissance des parents de l'auteure. Qui pourrait en être étonné ? Les derniers Juifs demeurant là-bas (pour combien de temps encore ?1) observent la plus grande discrétion et s'abstiennent pour des raisons liées à leur sécurité de s'exprimer librement sur les sujets qui…les concernent. Ces quelques Juifs du Maroc sont au mieux tolérés, et ce sur la terre de leurs ancêtres, alors que leur présence précédait de loin la conquête islamique...

Eliette Abécassis réfléchit donc à travers son héroïne à la tentation de faire son alyah vers l’État de l'autodétermination nationale du peuple juif !

J'avais déjà acquis le sentiment qu'elle se sentait depuis quelque-temps mal à l'aise en France. Pays qu'elle aime assurément et dont elle manie la langue avantageusement. J'avais eu cette intuition qu'elle pourrait penser à quitter notre pays lors d'une séance de questions posées à un invité de l'émission de télévision Les Grandes Questions du samedi 24 janvier 2015, présentée par Franz-Olivier Giesbert. Cet invité n'était autre que Jean-Luc Mélenchon.

Je sentais qu'elle lui posait des questions et argumentait parce-qu’il le fallait. Elle semblait répugner à devoir exprimer des évidences factuelles face à cet homme politique, manifestement dans le déni. Un homme qui cherchait des échappatoires en professant des généralités pour ne pas désigner concrètement une réalité donnée. Un homme politique qui rechignait à discuter ouvertement d'une réalité telle qu'elle est, parce-que contrariant les besoins de ses habituelles démonstrations. Ce faisant, il se mettait au diapason du politiquement correct.

Qu'arrivait-il donc en France pour que le réel ne puisse plus être désigné avec des mots adéquats? Même chez un homme -qui plus est de gauche et non de gôche-, dont on aurait pu attendre qu'il n'ait pas, comme à son habitude (mais sur d'autres sujets), sa langue dans sa poche...

Voici une retranscription des questions de Eliette Abékassis et des réponses de Jean-Luc Mélenchon:

« EA : Dans votre vibrant hommage et discours sur Charb, vous avez dit qu’il était victime de fanatiques religieux crétins sanglants. De qui parlez-vous ?

J-L.M : Ben, de ceux qui l’ont assassiné, qui sont des crétins sanglants.

EA : C’est qui ? Ils ont des noms, des catégories ?

J-L.M : Nos adversaires ?

EA : Oui, qui sont ces adversaires ?

[…]

J-L.M : Je pensais à ceux qui l’ont assassiné, que je considère comme des crétins sanglants.

EA : Est-ce qu’il y a un mot qui est difficile à prononcer pour vous ? Le mot d’islamisme ? Parce-que dans tout le discours que vous avez fait vous n’avez pas prononcé ce mot ? Est-ce que vous ne croyez pas qu’il est important de mettre des mots afin de pouvoir combattre l’ennemi et que si on ne le nomme pas on ne peut pas le combattre ?

J-L.M : C’est votre avis, mais ce n’est pas le mien. Les intégrismes religieux pour moi sont équivalents.

EA : Donc aujourd’hui Charb a été victime des intégristes religieux ?

J-L.M : Oui, en effet. Les intégristes religieux utilisent des méthodes différentes suivant les endroits du monde et les religions et leurs rapports à la société civile de notre époque. Bien sûr, je n’ai aucune difficulté à dire c’est l’islamisme radical. Mais je ne veux pas participer à l’opération qui consiste à trier entre eux et trouver bienveillants et bienfaisants certains intégrismes par exemple qui peuvent s’exprimer dans l’état d’Israël, par des sectes particulièrement violentes, qui par exemple gomment les femmes sur les photos ; ou par rapport aux intégristes catholiques qui à d’innombrables reprises ont proféré des condamnations contre les homosexuels, etc…

EA : Est-ce que les intégristes catholiques tuent les humoristes aujourd’hui ? Est-ce qu’on peut comparer tous les intégristes et dissoudre comme ça. Est-ce qu’il n’y a pas une complaisance d’une certaine partie de la gauche et de l’extrême gauche, et un refus de voir le problème en face qui fait qu’on ne peut pas les combattre et qui est grave ? […] C’est un calcul électoraliste qui n’est pas bon, même pas bon pour vous, en dehors du fait que c’est faux. Car il s’agit bien de l’intégrisme musulman. Il ne s’agit pas d’intégrisme juif et il ne s’agit pas d’intégrisme catholique aujourd’hui. »

Assiste t-on en France à l'expansion d'une nouvelle langue de bois qui a contaminé une large partie de la classe politique ? "Gauche" et droite confondue? Langue où un chat n'est plus un chat (il n'attrape plus de souris et ne se nourrit que d'herbes); langue où les tabous deviennent la règle. Langue où même la gauche qui n'est pas de gôche se renie. Langue où il n'est pas de bon ton de nommer l'islam autrement que positivement. Langue où un phénomène dérangeant (un islamisme qui n'a d'autres racines religieuses que l'islam) doit coûte que coûte être noyé dans une généralité qui le relativise et l’absout de sa responsabilité concrète (les religions en général). Langue où les faits doivent entrer dans le lit de Procuste du politiquement correct (l'islam n'est pas responsable...). Et cela, alors que rien qu'en France, il y a eu Merah2, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, et bien d'autres affaires plus anciennes et plus récentes. Les massacres massifs du 13 novembre à Paris ont, certes, succédé aux réponses plus qu'évasives de Jean-Luc Mélenchon, mais ont-elles provoqué pour autant un changement radical d'analyse et de vocabulaire chez lui, comme au Front de gauche ou au NPA?

Eliette Abécassis songe, donc, à quitter la France. Elle est tentée de fuir un pays qui est son pays, qui demain peut-être deviendra le pays qui fut le sien et restera quoi qu'il en soit dans son cœur. Je n'en doute pas.

« Je me souviens de la Normandie par Jules Barbey d’Aurevilly, de la Bretagne par René de Chateaubriand, de la Provence par Marcel Pagnol. Le Lys dans la vallée, c’est mon adolescence. Les arbres, les fleurs, les grandes prairies, tout cela me ravit lorsque je vais en Touraine. […]

Le jardin de France est un endroit apaisant, avec ses petits ponts de pierre et ses demeures bien défendues, ses vallées, ses vignobles, sa quiétude à nulle autre pareille » écrit-elle dans son dernier roman.

L'écrivain réfléchit à l'éventualité de devoir quitter la France. Parce-que celle-ci est devenue en relativement peu de temps un pays où les Français juifs ne peuvent plus être juifs librement, en toute sécurité! Les Français non-Juifs ont donc, eux aussi, commencé à perdre leur liberté. Car, en effet, comment imaginer un autre destin que commun ?

Au XIXe siècle, les mineurs plaçaient un canari au fond des mines de charbon. Le petit oiseau était très sensible aux émanations toxiques. Dès qu'il s'évanouissait ou mourrait, les mineurs s'empressaient de quitter la mine. Les Français juifs sont comme le canari. Lorsque leur liberté d'exister physiquement, mais aussi intellectuellement, est potentiellement menacée, la démocratie (ou plus précisément le capital démocratique difficilement accumulé) se meurt.

La tentation de départ d'Eliette Abécassis est un grave signal, d'autant que ces deux dernières années 14.000 Français juifs (sur environ 500.000) ont déjà franchi le pas. Ils sont partis! Et il n'est pas moins grave que sa tentation de départ et ces milliers de départs effectifs ne provoquent pas une vive et massive prise de conscience que l'oxygène s'est raréfié dangereusement dans le pays et que les conditions qui permettent un bonne oxygénation doivent être impérativement rétablies. L'oxygène, c'est le capital démocratique qui fait qu'un chat puisse être appelé un chat et non contre toute évidence un herbivore. Capital démocratique où la discussion peut porter librement sur les causes profondes des phénomènes, sans qu'une armada de censeurs surgisse pour accuser d'infamie et dénigrer ceux qui désignent le réel par des noms et des concepts adéquats... Ce faisant, cette armada épaule dans les faits les islamistes qui selon le principe de la division du travail se répartissent entre ceux qui emploient l'instrument du terrorisme et ceux qui recourent à diverses formes de taqîya...

Eliette Abécassis réfléchit à la possibilité de prendre un aller simple pour Israël, son dernier roman s'intitule donc logiquement « Alyah ».

Extrait :

« C'est le matin, vite, il faut se réveiller, se laver, enfiler un jogging, préparer les enfants pour l'école. Leur servir le petit-déjeuner, des céréales pour la grande et des œufs sur le plat pour le petit, du chocolat au lait, vite, nous sommes en retard, il faut se dépêcher, s'habiller, se brosser les dents, vérifier que tout est prêt, ne pas oublier de se coiffer, ou plutôt de s'ébouriffer pour le petit, le goûter, la bouteille d'eau, et les quinze euros pour la coopérative, prendre les affaires, les blouses, puis sortir, marcher jusqu'au métro. Répondre à leurs questions : «Ce soir, nous sommes chez Papa ou chez toi ?», regretter de ne pas leur avoir mis leurs doudounes car nous sommes au printemps mais il fait froid. Depuis une dizaine d'années, il fait tout le temps froid, sauf en septembre, lorsque l'été indien perdure, parfois même jusqu'en octobre et alors, soudain, il fait une chaleur étrange.

Descendre dans le métro, courir, prendre place sur les sièges inconfortables, sous une sonnerie continue. Sentir cette odeur caractéristique, un mélange de plastique, et des effluves de tous les passagers. C'est l'heure de pointe. Assis côte à côte, les enfants bavardent, le cartable sur le dos.

- Maman c'est quoi une école publique ? C'est différent de l'école juive ?

Des gens nous observent. Je sens leur regard sur nous. Je fais signe à mon fils de se taire. Il me considère de ses grands yeux ébahis.

- Tu ne m'as pas répondu !

- Ben oui, dit la grande. Pourquoi nous on est à l'école juive et toi tu enseignes à l'école publique ?

Ils ne comprennent pas que nous devons rester discrets ; qu'il faut éviter de parler de cela. Ou bien, alors, chuchoter. Nous ne pouvons plus claironner certains mots en dehors de chez nous. Lorsque nous sommes au grand air, je les rassemble devant moi et je leur explique la situation.

- Quand nous prenons le métro, nous ne devons pas faire allusion au fait que nous sommes juifs. C'est la même chose dans le bus, les taxis et dans tous les transports en commun. C'est également valable dans les cinémas, les magasins, les parcs et les jardins. C'est bien compris ?

- C'est compris, dit la grande.

- Mais ça ne se voit pas, qu'on est juifs ? demande le petit.

Je les regarde. Ils ont les cheveux châtains, les yeux bruns, le teint diaphane. Je suis comme eux, la peau claire, avec les yeux étirés, bridés telle une Asiatique, les pommettes hautes, le nez fin, assez grande, assez mince. Les enfants portent des lunettes, des jeans, des baskets et des blousons comme tout le monde. Nous pourrions être espagnols, vietnamiens, arabes ou berbères. Ou même français, comme tout le monde. Et comme nous.

- Non, tout va bien. Ça ne se voit pas. Donc, on fait en sorte que cela ne se sache pas non plus. »

Eliette Abécassis fait dire à Esther, son héroïne, « Faire ton alyah. Ce qui signifie « montée » en hébreu. C’est ça, monter vers la terre promise, celle de nos ancêtres, celle où il est possible d’être juif. Plus qu’un refuge: un projet, un idéal, une réalité maintenant. »

Mais les non-Juifs, dont je fais partie, n'ont pas de terre promise quelque-part, hors de France. Leur seule « alyah » concevable est une montée vers un futur qualitativement meilleur où la préservation des valeurs de liberté -et non l'inverse- a conduit à une extension radicale des conquêtes démocratiques en France et dans le monde. L'un n'allant pas sans l'autre !

En font partie, la liberté d'expression, la liberté de conscience, la liberté d'apostasie, la liberté d'être agnostique, celle d'être athée, les droits des femmes et de l'homme, les droits sexuels, les droits LGBT (droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres), le droit de changer de religion ou d'en avoir aucune pour tous les citoyens. Y compris pour les nouveaux citoyens originaires de pays islamisés3. Sans se cacher, il va de soi. Et bien d'autres droits conquis qui sont autant de points d'appuis pour de nouvelles conquêtes démocratiques qui seront le point d'orgue de « la montée» des non-Juifs et Juifs de France vers un état des choses qualitativement supérieur à l'état actuel en matière de jouissance de droits démocratiques acquis et élargis.

C'est possible si une majorité écrasante de Français juifs fait le pari qu'en restant en France, elle pourra continuer à apporter sa contribution qualitative sans laquelle la France ne sera plus la France ! C'est possible si une majorité écrasante de non-Juifs reconnaît ouvertement l'apport indispensable des Français juifs à l'identité heureuse de la France...

La poursuite du départ d'un grand nombre de Juifs signifierait une aggravation de la tendance au retrait d'ors et déjà observable des facultés critiques et des libertés. Elles ne se sont plus développées en France depuis des années. Elles sont gravement en recul dans ce qu'on appelle avec une certaine lucidité « les territoires perdus de la République », dont l'obscurantisme et l'arriération sociale trop répandus tendent à contaminer le discours général.

Le plus important, la liberté d'expression a dépéri au niveau de toute la nation en tant que corollaire de la difficulté croissante de s'exprimer en toute sécurité pour les Juifs indépendants d'esprits. Or cette indépendance d'esprit est une caractéristique de beaucoup de Juifs. Celle là même à l'origine de la créativité hors du commun qui a permis à bien des pays des avancées considérables dans de nombreux domaines scientifiques et sociaux. Or actuellement un Juif ne peut plus librement et donc en toute sécurité s'exprimer sur Israël, autrement qu'en devant montrer patte blanche. C'est-à-dire en se désolidarisant lâchement des Juifs de l’État-nation juif qui sont condamnés à l’opprobre quoi qu'ils fassent qui ne convienne pas à la politique essentiellement arabophile du Quai d'Orsay. Politique étrangère intéressée et largement cynique à laquelle emboîtent le pas avec un suivisme enthousiaste les organisations de "gauche" qui trahissent allègrement leurs fondamentaux !

En sacrifiant le droit du peuple juif à son autodétermination nationale et à la défense du droit à la pérennité de l’État issu de cette même autodétermination, elles lui préfèrent une contre-révolution sociale islamique qui s'affuble parfois de masques tels que « l'antisionisme » ou la « cause palestinienne », mais le plus souvent est ouvertement antisémite. Sans que l'abandon de ces masques ne prêtent à conséquence!

D'où le départ de beaucoup de Juifs de ces organisations, mais aussi de France.

Dans ses mémoires, Léopold Trepper, le héros de l'Orchestre rouge4, écrit : « Oui, plus de vingt ans après la fin de la guerre, dans le pays du ghetto de Varsovie [Il aurait pu ajouter dans le pays où eut lieu Auschwitz ! M.A.] où les Juifs avaient souffert plus que nulle part ailleurs de la barbarie nazie, et dans un régime qui se prétendait socialiste, le monstre de l'antisémitisme renaissait de ses cendre. L'hostilité à Israël, au sionisme, ne tarda pas en effet à se transformer en une hostilité déclarée aux Juifs polonais .»

Alors la France n'est pas à l'abri. Les faits le démontrent. Le livre d'Abécassis en est un témoignage.

Que faire ? posait la question Lénine dans son livre programmatique.

L'une des réponses à la question est que nous – non-Juifs et Juifs unis- devons impérativement œuvrer à stopper l’hémorragie de départs. Les Juifs sont l'un de nos ferments culturels et scientifiques principaux, sans lesquels la France est vouée à terme à dépérir. Leur apport rapporté à leur nombre est sans commune mesure avec tout autre apport. En France, mais aussi dans le monde. La présence en France des Juifs en font des créateurs, mais aussi des passeurs indispensables de savoir universel. Ils doivent donc pouvoir peser de tout leur poids sur notre destin commun. Sans restriction aucune et surtout sans auto-restriction, la pire!

Mais les Juifs peuvent également avoir un autre pays, celui où ils se sont organisés de façon autodéterminée. Il nous faut donc entretenir des relations privilégiées avec l’État juif. Avec tout ce que cela comporte de traitement de l'information et donc de rétablissement de la vérité. N'en déplaise à tous ceux qui se font les relais passifs ou actifs des thèses islamistes ou proto-islamistes. Il faut donc que les Français juifs puissent défendre des vérités concernant l’État juif, sans entraves, sans que la vérité soit sacrifiée à l'aune des intérêts à court terme qui sacrifient nos libertés à tous, Juifs et non-Juifs indissociables ! De manière plus cohérente, la politique en France doit changer et l'antisionisme doit être reconnu comme étant devenu sans conteste la nouvelle forme de l'antisémitisme. La principale! Une forme que les Juifs les plus aveugles ne reconnaissent pas, préoccupés en priorité d'apparaître comme semblables à tout le monde. A la façon de ces Noirs de jadis aux États-Unis qui étaient soucieux d'être des Blancs comme les autres ..

Un problème est posé par ce qui semble être un fait, dont la véracité probable mérite pour le moins d'être ouvertement discutée. Les générations successives d'immigrés musulmans sont porteuses à des degrés divers d'un antisémitisme découlant d'un anti-judaïsme qui lui-même est la matrice principale de l'antisionisme. Si l'antisémitisme chrétien s'est effacé en proportion de l'affaiblissement de la religion chrétienne en France, contrainte à des adaptations, la religion musulmane, elle, s'est renforcée et continue de l'être. Or plus l'influence musulmane (atténuée par la tendance prometteuse au réveil de l'identité amazigh pour le moins bafouée...) se renforce, plus les Juifs sont amenés à se faire discrets. Ceci conformément au principe des vases communicants. Ce phénomène est sans doute la cause principale qui provoque le départ des Juifs. La réponse doit être dans la dédiabolisation par l'information exacte et l'enseignement de l'histoire d'Israël, sans complaisance légale aucune à l'égard des thèses axées sur la destruction à moyen ou à long terme de l’État juif.

A propos de la manifestation de commémoration des victimes des attentats de Charlie Hebdo, l'écrivaine Éliette A. fait dire à son héroïne Esther : « Tout d’un coup, je me suis posé la question : «Est-ce que tous ces gens seraient descendus dans la rue si on n’avait tué que des juifs ? »

Lors d'une interview donnée au journal « The times of Israël », Éliette Abécassis est, hélas, réaliste. Elle dit :

« Je suis assez ambivalente sur ce rassemblement. C’était une chose merveilleuse à voir. Mais dans le même temps, c’était une grande gifle au visage pour la communauté juive française. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander : « Est-ce que tous ces gens seraient descendus dans les rues si seuls des Juifs avaient été tués en janvier ? » Malheureusement, je pense que non. »

Cette question ne doit plus pouvoir être posée. Cette réponse ne doit plus pouvoir être donnée !

Les massacres du 13 novembre à Paris ont démontré que les islamistes (ils ne se résument pas au seul « Daesh ») s'attaquent à un mode de vie. Au mode de vie occidental et non pas à la seule France ni au seul État juif. Ils n'agissent pas animés en premier lieu par une volonté de vengeance pour des bombardements subits. Non, ils agissent essentiellement parce-qu’ils sont dans la continuité historique redynamisée d' une guerre brutalement impérialiste de nature islamique dirigée hargneusement contre TOUT ce qui est propre au monde non-islamique. Tout, c'est-à-dire les valeurs et acquis démocratiques; les droits des femmes et des hommes; les droits des minorités non strictement sunnites; les droits des Juifs à vivre en toute liberté (et donc en toute indépendance); les droits des Chrétiens à ne pas se soumettre; les droits à exister des Apostats, des Agnostiques, des Athées, des Bouddhistes, des Animistes; le droit à un style de vie pouvant être axé sur l'hédonisme, etc.

Depuis au plus tard le 13 novembre 2015, il est devenu clair que Français juifs et non-juifs, Israéliens comme Français et inversement, ont le même ennemi mortel.

Ceux qui ne le comprennent pas font le jeu de l'ennemi. Pour combien de temps encore ?

NOTES:

1 En 2015, les Juifs du Maroc sont devenus une infime minorité tombée à environ (seulement!) 1500 individus, devenus étrangers dans un pays acculturé par l'islamisation et l'arabisation qui va de pair, et plus récemment historiquement parlant par la manifestation de ces deux faces d'une même médaille que sont le pan-arabisme et le pan-islamisme, lesquels peuvent être subsumées par le concept de pan-arabo-islamisme !

2 Il est l'auteur notamment de la tuerie de l'école juive Ozar Hatorah du 19 mars où trois enfants et un enseignant juifs ont été massacrés parce-que Juifs. L'acte d'une sauvagerie inouïe à l'encontre de la petite Myriam Monsonego souligne son caractère d'antisémitisme exterminateur. La fillette de 8 ans, consciente du danger, avait essayé d'échapper au massacre, mais son bourreau l'avait poursuivie jusque dans la cour de l'école, l'avait attrapée par les cheveux et l'avait assassinée d'une balle dans la tête ! Le tueur avait reproduit à l'échelle artisanale le mécanisme de la Shoah par balles !

3 En France, les Français d'origine maghrébine sont considérés comme des Musulmans qui n'ont pas le droit de quitter l'islam par les Musulmans présents en France, mais aussi (double scandale!) par les États d'où ils proviennent... Un Marocain qui CHOISIT la France pour ses libertés n'a pas le droit (selon les lois marocaines) de quitter sa nationalité marocaine! Cela veut dire que bien que citoyen français, il ne jouira pas de ses droits de Français ayant choisi de quitter l'islam et de ne pas pratiquer le ramadan s'il se trouve en vacances au Maroc (lui, comme ses enfants à partir d'un certain âge), mais trop souvent également sur le territoire français où des Musulmans le rappelleront à l'ordre.

4 Sur la quatrième page de couverture du livre de Gilles Perrault L'Orchestre rouge, il est écrit que celui-ci « fut le réseau de renseignements le plus important et le plus efficace de la Deuxième guerre mondiale. […] A la tête du réseau, un homme exceptionnel, Leopold Trepper. On l'appelait le Grand Chef. Juif polonais, militant révolutionnaire depuis son adolescence, il sut réunir et inspirer une élite d'hommes et de femmes prêts à tous les sacrifices pour abattre l'ennemi nazi. » Après avoir été emprisonné en URSS sous Staline, libéré sous Khrouchtchev, Trepper s'installa dans son pays natal la Pologne pour finir par la quitter et partir en Israël. « Il m'avait dit » rapporte Gilles Perrault : « Israël est le seul pays où je suis sûr de ne jamais être traité de sale juif. » Gilles Perrault ajoute : «On l'y accueillit en héros de la lutte antifasciste.» Parallèlement, ce n'est pas anodin, mais se situe au cœur du sujet, des SS éminents émigrèrent dans les pays musulmans (surtout en Syrie et Égypte) et y furent actifs en tant que conseillers dans l'entreprise de destruction de l’État juif...

INTERVIEW avec Eliette Abecassis:

http://www.dailymotion.com/video/x2q3yj0_alyah-la-tentation-du-depart-presente-par-eliette-abecassis_news

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